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Jean-Jacques
Depassio, responsable du centre de gérontologie de La Chaux,
Croix Rouge Française, à Saint-Cyr-au-Mont-dOr
(69), est linitiateur du festival Lumière blanche.
Un festival de cinéma entièrement consacré
au thème du vieillissement et des relations inter-générations
et dont la deuxième édition sest tenue en banlieue
lyonnaise durant la Semaine Bleue (du 14 au 20 octobre dernier).
Il analyse la relation entre les personnes âgées et
les soignants et met en avant la nécessaire formation et
lindispensable réflexion qui doivent accompagner la
pratique au quotidien.
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«
Je voulais aller aux magasins pour sortir acheter moi-même
différentes choses, mais on me répond toujours : "Non,
non, je tapporte moi-même"
et ils me rapportent jamais ce que je veux. »
Anonyme, Cocheren (57).
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RENCONTRE
: JEAN-JACQUES DEPASSIO, médecin gériatre Au personnel
et aux familles :
«La relation s'entretient sinon elle s'effrite, puis se
casse»
Pourquoi et en quoi la relation entre les personnes âgées
et les soignants est-elle singulière ?
Selon moi, la relation entre personnes âgées
et soignants ne pose pas de problème si les soignants
ont choisi ce métier, sils ont été
formés, sils ont pu bénéficier
dun minimum de réflexion sur le vieillissement
et, enfin, si les conditions de travail sont correctes et
satisfaisantes.
Mais bien souvent et de plus en plus , je vois
arriver des gens qui sont parachutés dans des services
sans être formés ou en étant mal formés.
On nembauche pas toujours du personnel qualifié,
cest bien là que réside le problème.
Et, même sils ont reçu une formation initiale,
ils doivent pouvoir bénéficier dune formation
continue. Dans les services, cela existe, mais pas de façon
systématique. Chez nous, nous avons une réunion
de synthèse hebdomadaire où lon parle
des patients, plutôt de ceux qui sont en long séjour
et qui sont des cas difficiles. Beaucoup de choses sont dites.
Ces temps de synthèse sont importants et nécessaires.
Trop souvent, les conditions de travail sont telles que les
soignants nont le temps de rien, si ce nest agir
: pas de temps de répit, pas de temps de synthèse,
huit à dix toilettes à faire par matinée.
Ils se sentent fatigués, énervés, frustrés,
et les relations se détériorent.
Comment
cette détérioration se manifeste-t-elle ?
Il faut avant tout rappeler que le lien nest pas inné
entre soignants et personnes âgées, à
la différence de ce qui se vit au sein de la famille.
Et encore, même avec les proches, la relation sentretient
sinon elle seffrite, elle se casse. Dans un contexte
professionnel, cette relation sapprend et se travaille
en permanence, notamment lors des réunions de synthèse
que jévoquais préalablement.
Nous avons chacun notre représentation personnelle
de la vieillesse et cela peut donner des comportements très
positifs comme dautres néfastes, voire dangereux.
Une situation conflictuelle avec son propre parent âgé,
par exemple, peut distordre les relations avec les vieillards
que lon côtoie dans un cadre professionnel. Il
nest pas possible de laisser chacun se débrouiller
dans son travail avec sa seule bonne volonté, cela
ne suffit pas. Nous avons tous besoin dun cadre. Le
lien est quelque chose de fragile, quil faut fortifier,
enrichir, travailler sans cesse, doù limportance
dun temps de réflexion sur nos pratiques, dun
temps de paroles.
Quattendent
les personnes âgées des aidants ?
Avant tout, dêtre reconnues, comme une personne
humaine et adulte. Elles attendent du respect, de la dignité,
de lécoute. Elles veulent, de façon parfaitement
légitime, être entendues dans leurs moments de
joie, de douleur, de peine, être entendues dans leur
histoire de vie. Cest à la fois simple et compliqué.
Pensez-vous
que les vieillards se sentent infantilisés dès
lors quils sont tributaires dune tierce personne
?
Ce sont les situations qui peuvent être infantilisantes
plutôt que des gestes ou des attitudes de soignants.
En institution, pour des raisons dorganisation, on fait
dîner les gens à 17h et on les couche comme les
poules à 18h
Ça, cest infantilisant.
Il en va de même pour la toilette. Des problèmes
deffectif, dhoraires, font que les soignants vont
vite, font eux-même la toilette entière du résident.
Le personnel na ni le temps ni les moyens dassocier
la personne, pour quelle se lave en partie elle-même
ou, du moins, quelle participe. Même chose en
ce qui concerne les couches. Il nest pas possible, toujours
pour les mêmes raisons pratiques de personnel et de
temps, daccompagner régulièrement les
personnes aux toilettes. Alors on leur met des couches : on
infantilise, on fait régresser
Jajouterais toutefois que le risque dinfantilisation
se situe beaucoup plus du côté des familles,
des enfants, du conjoint. Sil y a dérapage de
la part de soignants, on peut très vite en parler en
réunion de synthèse et redresser la situation.
Avec les proches, la situation est plus difficile à
maîtriser.
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