Liens brisés,
Liens renoués …
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REGARDS
L’entrée en collectivité se vit au singulier


"Dans 50 % des cas, l’entrée en résidence s’effectue à l’issue d’une hospitalisation, reconnaît Carole Picard, directrice de la résidence Hotelia de Marcq-en-Baroeul. Le plus souvent, les proches n’ont pas réussi à trouver de meilleure solution. Ils pensent que leur parent âgé n’est plus assez en sécurité chez lui, que l’aide à domicile ne suffit plus, qu’il est devenu trop dépendant. Je ne peux me substituer à la famille pour évaluer le bien-fondé de la décision. Ce qui est de mon ressort, c’est de préparer le mieux possible l’arrivée de la personne et de tout mettre en oeuvre pour faciliter son intégration, le moment venu." Le placement en résidence dans la "foulée"de l’hôpital est un traumatisme important, une fracture psychologique difficilement cicatrisable. Mme H. pensionnaire de la résidence depuis déjà trois ans et demi, garde sa colère intacte quand elle évoque les circonstances de son arrivée. Un jour, elle a fait une mauvaise chute, a été hospitalisée puis, explique-t-elle, "on m’a interdit de rentrer chez moi. Je n’ai même pas pu revoir mon appartement. Vous vous rendez compte !" Elle aurait voulu, au moins, avoir le choix de l’établissement mais il fallait faire vite et il n’y avait pas de place, à l’époque, dans la maison de retraite de sa commune : "J’aurais préféré être à Croix car mes amis auraient pu venir me voir. Ici, je suis trop loin." Malgré tout, Mme H. a fait face avec courage et, même si elle préfère rester le plus souvent dans sa chambre, elle ne se sent pas isolée. Elle a su tisser des relations avec ses voisins et voisines d’étage et a pardonné à sa famille de l’avoir "placée", comme elle dit. Sa fille vient la voir tous les jours et ses trois petit-fils, dont les photos tapissent les murs, lui font des visites régulières. "Maintenant, c’est trop tard pour aller à Croix, même s’il y a de la place. Je me suis habituée ici, à force…"

Si l’entrée en maison de retraite se fait le plus souvent sur fond de rupture et de contrainte, d’autres cas de figure, plus favorables, existent, notamment lorsque les personnes âgées, encore valides et autonomes, prennent les devants. Mme M., 90 ans, a ainsi "apprivoisé" la résidence bien avant d’y entrer. "Je suis venue ici à plusieurs reprises, en séjour temporaire." C’est elle, en toute lucidité, qui a choisi de s’y installer définitivement. "Ma mère m’a assez empoisonné la vie en vieillissant. Je ne voulais pas faire subir la même chose à mes enfants. Ceux-ci ont accepté mon projet. Je vais tous les dimanches chez l’un ou chez l’autre." Mme F., récemment arrivée, a elle aussi fait le choix de la maison de retraite, en toute liberté. Son "mobile" : la solitude. "Je suis veuve et j’habite une grande maison dans un village isolé. Je me sentais tellement seule qu’il m’arrivait de me parler devant le miroir. Je me suis dit que cela ne pouvait plus durer", explique-t-elle sans détours.
Autant de personnes, autant de trajectoires différentes et de manières singulières de franchir le seuil…
 
 

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