Animer, c’est mettre de la vie, instaurer un climat, fabriquer du lien. Tel est le credo de Frédéric Dubled qui travaille à plein temps, et depuis l’ouverture de l’établissement, à la résidence Hotelia de Marcq-en-Baroeul. Un point de vue engagé, une action appréciée, démonstration à l’appui. REGARD Liens brisés, liens renoués…
  Regarder un vieux et voir une personne
  Le personnel, trait d'union entre l'extérieur et l'institution
  Portraits croisés au quotidien
  Frédéric Dubled ou la magie du lien
  L'entrée en collectivité se vit au singulier
  Les aidants informels en quête de reconnaissance
  Jean-Jacques DEPASSIO «La relation s'entretient sinon elle s'effrite, puis se casse»
  Pierre DEBONS Personnes âgées, professionnels et bénévoles : le triangle social
  L'animal, médiateur du lien
  Lettre à...
  L'ami Thierry
REGARDS
Frédéric Dubled ou la magie du lien


"Sans vous, on est morts !", lance une pétulante résidente de 91 ans à l’adresse de Frédéric Dubled, animateur à plein temps à la résidence Hotelia. Tout est dit, ou presque, sur le rôle clé joué par ce professionnel au sein de l’établissement. "Animer, au sens étymologique du terme, c’est insuffler de la vie, explique l’intéressé avec naturel. Quand les premiers animateurs sont entrés dans les maisons de retraite, c’était essentiellement pour occuper les résidents pendant les heures creuses. Les choses ont évolué et on s’est focalisé sur le contenu et la qualité des animations. Je ne me reconnais guère plus dans ce modèle. Celui qui croit que le métier d’animateur consiste à faire des animations, il a tout faux ! Pour moi, les animations sont seulement des rendez-vous, des moments forts. Je suis là avant tout pour instaurer un climat, pour fabriquer du lien en permanence." Ces propos n’ont rien de théorique. Il suffit de voir Frédéric à l’oeuvre pour s’en convaincre. Qu’il orchestre l’apéritif servi dans le hall, qu’il s’asseye à l’une des tables du restaurant, qu’il se mêle à une conversation animée ou s’approche discrètement d’un résident esseulé, on le sent pleinement présent, disponible et attentif. Quand Frédéric nous apprend que dans son "autre vie", il est magicien, on accueille cette information sans véritable étonnement. A son passage, n’a-t-on pas constaté que les regards s’éclairaient et les langues se déliaient ? Qu’on ne s’y méprenne pas, dans l’enceinte de la résidence, l’homme ne cherche ni à faire illusion ni à jouer de son charisme. Authenticité et respect humain l’animent, tout au contraire, au plus profond. Quel que soit le registre utilisé – de l’humour provocateur au plus grand sérieux – le courant passe, et dans les deux sens. "J’aime les personnes âgées. J’ai plaisir à être auprès d’elles. Je me donne à fond, et si je ressors parfois pompé, cela n’a pas d’importance. Je me ressource dans ma vie privée et ça repart !".

"De quel droit demander aux résidents de changer ?"

Des liens, Frédéric Dubled en tisse sur tous les modes et à tous les temps. Les animations sont, bien entendu, des moments privilégiés d’échanges et de contacts, à condition toutefois qu’on les appréhende avec souplesse et dans le respect des singularités. "Je ne m’adresse jamais à un groupe mais à une somme d’individus qui, chacun, attendent quelque chose de différent. Les personnes âgées ont tendance à être très autocentrées. Je dois rester à l’écoute de chacune." Quant aux résidents qui critiquent les animations ou refusent d’y participer, Frédéric ne cherche pas à leur forcer la main. "Lorsqu’un résident me dit que mon animation ne l’intéresse pas, cela veut dire qu’il prend position, qu’il n’est pas indifférent. Ne jamais participer aux animations n’est pas forcément un signe de négativité ou de dépression. Chaque résident a son tempérament, ses centres d’intérêt et ses habitudes. Certains, avant de venir en maison de retraite, étaient plutôt solitaires ou casaniers. Je ne vois pas de quel droit on leur demanderait de changer."
Faire du lien, pour cet animateur engagé, c’est aussi lutter contre le penchant des institutions à faire table rase du passé, à déconnecter le résident de ce qu’il a vécu et à adopter à son égard une attitude volontariste. "Quand une nouvelle personne arrive, je ne me précipite pas sur elle dans la louable intention de l’aider à s’intégrer. Je sais qu’il lui faudra du temps pour surmonter le choc. Avant de lui proposer quoi que ce soit, je commence par faire connaissance, c’est-à-dire par la resituer dans son histoire. D’une manière générale, je ne m’impose pas. J’attends qu’une petite fenêtre s’ouvre et je m’y glisse !" On l’aura compris, c’est par petites avancées, sans schéma préétabli et sans désir de maîtrise qu’il mène sa barque. Présent aux réunions de transmission des équipes, "branché" en permanence sur la vie de l’institution, il sait se trouver là où on l’attend, dans un recoin du hall d’entrée, au restaurant, dans un bureau ou un couloir. Parfois, ses pas le mènent dans les étages, à la rencontre d’un résident ou d’une résidente qui inquiète ou pose problème. Indifférence, colère, agressivité, refus, retrait… La détresse revêt bien des masques. Peu lui importe. Il frappe à la porte…

Construire des passerelles entre la résidence et le monde

Sortir du vase clos, s’ouvrir vers l’extérieur, rétablir du lien social, le pari semble ambitieux dans une résidence dont la moyenne d’âge est de 85 ans. "C’est un travail de longue haleine, mais on y arrive, affirme Frédéric. Se sentir relié à la vie de la cité, quel que soit son âge, c’est un apport d’oxygène indispensable". Grâce à l’appui des résidents les plus motivés, des passerelles solides ont pu se construire au fil des ans entre la résidence et le monde. A commencer par la revue de presse hebdomadaire, initiée par l’animateur avant d’être entièrement prise en charge par une résidente. Intégrée dans les projets de la commune, la résidence a des contacts réguliers avec son Club des aînés et, à l’autre bout de la chaîne générationnelle, avec les enfants du voisinage, via l’école primaire et le centre d’action social. Et Frédéric a, bien entendu, toujours de nouveaux projets en tête. "Je fais un sondage. Que diriez-vous d’un petit pèlerinage en car dans la commune où vous avez vécu ?" demande-t-il à l’une des résidentes...
 
 

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