Parce que chaque individu a sa personnalité et ses propres aspirations, la vie en institution est vécue très différemment selon celui qui s’exprime. Ce qui plaît à l’un insupporte l’autre, sans parler des affinités qui évoluent au fil du temps. Le lien se fait et se défait, comme en témoignent ces résidentes d’Hotelia Marcq-en-Baroeul. Propos saisis sur le vif.
  Regarder un vieux et voir une personne
  Le personnel, trait d'union entre l'extérieur et l'institution
  Portraits croisés au quotidien
  Frédéric Dubled ou la magie du lien
  L'entrée en collectivité se vit au singulier
  Les aidants informels en quête de reconnaissance
  Jean-Jacques DEPASSIO «La relation s'entretient sinon elle s'effrite, puis se casse»
  Pierre DEBONS Personnes âgées, professionnels et bénévoles : le triangle social
  L'animal, médiateur du lien
  Lettre à...
  L'ami Thierry
REPORTAGE
Portraits croisée au quotidien


Dans la grande salle du rez-de-chaussée, Madeleine, 77 ans, se tient un peu à l’écart, près de la cheminée, seule. Son père, arrivé avec elle il y a deux ans, est décédé depuis, à l’âge de 100 ans. Quand on la questionne sur ses désirs, ses plaisirs, elle évoque l’atelier couture du mardi, elle aime aussi jouer au loto ou aux dames. Et elle aime être seule. "Cela ne m’ennuie pas. Je pense à ma vie passée, je suis heureuse d’être arrivée à faire ce qu’il fallait faire. C’était le bon temps quand papa et maman vivaient", dit-elle dans un grand sourire. Le soir, elle aime regarder le journal télévisé dans sa chambre. Le seul ennui, c’est qu’on vient trop tôt la mettre au lit, du coup elle ne peut pas regarder la suite parce qu’elle a horreur de regarder la télévision de son lit. Néanmoins, elle se sent entourée. Au sein d’Hotelia, elle apprécie particulièrement un petit groupe de résidents avec lesquels elle peut parler et, tous les matins, après le petit déjeuner, elle téléphone à son frère pour avoir des nouvelles. Angèle, 91 ans, a aussi son cercle d’amies dans l’établissement, mais elle ne s’y fait pas, à l’institution. "Si je pouvais m’en aller, je m’en irais. Il n’y a que des malades ici, je commence à perdre la tête au contact de ces personnes." L’animation ? Ça n’a pas d’intérêt et puis c’est trop bruyant. Elle préfère rester dans sa chambre, où elle lit, regarde la télévision, fait des mots codés, reçoit des amis. Le personnel ? Ce n’est pas ça non plus, elle se sent seule.
"Nous, on a de très bonnes relations ici, avec tout le monde, rétorque Agnès, 90 ans. Les jeunes femmes sont gentilles et, si quelque chose ne va pas, on le leur signale tout de suite. Il n’y a qu’une chose dont j’ai horreur, c’est la psychologie, c’est tout à fait inutile." "Moi, je pense que si on n’a pas connu la vie collective étant jeune, on a du mal à s’y faire ici, ajoute discrètement sa voisine, Thérèse, 74 ans. J’ai vécu huit ans en pension, alors ça ne m’a pas changé." Plutôt que de rester chez elle, avec une organisation d’aide 24h sur 24, elle a préféré l’institution. "Les enfants s’occupent de nous sans qu’on soit une charge pour eux, reprend Agnès. Moi je suis très entourée. Tous les dimanches, depuis que je suis ici (sept ans), je suis invitée chez les uns ou les autres."
La vieille dame se lève et va fumer une cigarette dans l’espace fumeurs, c’est son heure. Elle est une figure dans l’établissement. Femme de tête, elle est présidente du conseil d’établissement, responsable de l’atelier couture du mardi, responsable de la bibliothèque, assistante de l’animateur Frédéric Dubled, organisatrice de la messe tous les samedis depuis quinze ans, bien avant qu’elle ne réside elle-même dans l’établissement… Et si parfois elle est grincheuse, c’est à cause de la lune, précise-t-elle. "C’est plus facile pour nous ici, parce qu’on est valide, reconnaît-elle. On sort quand on veut. Pour les autres, ce ne doit pas être simple d’être à la merci de quelqu’un. Le matin par exemple, après le petit déjeuner, je me recouche toujours. C’est moi qui fais ma toilette et qui fais mon lit, alors je peux me recoucher comme je le souhaite." "Moi, je ne reste pas au lit, intervient Thérèse. Je m’habille tout de suite."
Agnès et Thérèse se sont connues à Hotelia, elles s’assoient à la même table au restaurant et, le reste du temps, ne sont jamais très loin l’une de l’autre… "Vous savez, il n’y a pas d’âge pour nouer des amitiés", concluent-elles en souriant.
 
 

annuaire maison retraite