Cette lettre, comme les suivantes, a été rédigée dans le cadre de l’opération Lettre à…, créée par la Fondation Nationale de Gérontologie.
Cette opération, proposée en 2004 à un grand nombre d’établissements – parmi lesquels deux résidences du groupe Serience, à Brest et Marcq-en-Baroeul – et de personnes aidées à domicile, a pour vocation de donner la parole aux personnes âgées en leur proposant d’écrire une lettre sur un sujet qui leur tient à coeur.
Pour plus d’informations : www.fng.fr
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TEMOIGNAGES
Lettre à ...


Chères soignantes Je suis fatiguée !!!
Aujourd’hui, je suis particulièrement énervée, exaspérée par certaines de vos habitudes : je vais vous expliquer mon vif mécontentement. Il y a des matins où vous me réveillez brutalement, vous ne me laissez pas faire de grasse matinée.
Au chant du coq, tout le monde debout ! Oui, je suis âgée, oui, je suis couchée depuis 17 heures la veille, mais est-ce une raison pour me réveiller comme ça ? Et des matins, vous me réveillez trop en retard, et vous me dépêchez, m’apportant un petit-déjeuner sur le pouce, et me laissez faire ma toilette dans une bassine… Posez-vous simplement cette question : aimeriez-vous que l’on vous fasse la même chose dès 6h30 du matin ?
Vous êtes toutes des filles courageuses, vous aimez toutes, j’espère, votre métier, vous devez aimer les vieilles personnes mais, s’il vous plaît, pensez à ma tranquillité. Moi, j’aime prendre mon temps, déjeuner à deux à l’heure, prendre le temps de me réveiller, une douceur que je m’accordais chaque matin, avant… J’aime le café au lait et les tartines beurre et confiture, j’aime entendre le chant des oiseaux qui se nichent sur ma fenêtre, j’aime regarder dehors, entendre la pluie s’il pleut…
Je suis sourde mais j’imagine quand même ses cliquetis. J’aime cet univers qui me protège des cris, des claquements de porte. J’aime quand vous riez, alors protégez mon petit espace et laissez-moi vivre mon matin comme je l’adore. (…)

Jeanne, 92 ans, Paris.



Mon cher Nicolas Ta gentille lettre m’a bien intéressé. Je vois avec plaisir que tu travailles très bien à l’école. Ici, nous apprenons par coeur les menus de nos repas. (…) Nous faisons aussi des exercices de mémoire avec le professeur de gymnastique. C’est dire quelle place tient la gymnastique dans la maison. Avant le petit déjeuner, nous faisons de la course à pied dans les couloirs et les escaliers, les résidents fatigués peuvent prendre les ascenseurs.
Par beau temps, nous allons dans le parc. Dans la roseraie, nous sautons d’une traite sur les sept bancs de pierre et descendons l’escalier à califourchon sur la rampe.
Après le petit-déjeuner et une courte sieste, nous descendons à toute jambe à la cuisine. (…) Quand il y a vingt résidents dans la cuisine, on nous donne des couteaux et des tas de légumes. Nous les épluchons en chantant. Moyennant quoi nous aurons de bons repas régionaux servis par des hôtesses arborant de beaux costumes. (…) Parfois on joue au loto. Si on n’est pas trop distrait, on peut gagner des lots. On fait des promenades en minibus, on va au théâtre (…). Derrière la maison, nous avons une balançoire à la disposition des résidents. Si on tombe, on risque de se blesser auquel cas trois pompiers nous emmènent dans une ambulance rouge à l’hôpital situé 400 mètres plus bas, ou bien on peut nous emmener dans une chaise roulante qui roule toute seule puisque l’hôpital est en contre-bas. Il faut seulement que la personne assise sur la chaise sache utiliser les freins parce que la pente est forte. C’est beaucoup moins dangereux d’écouter la musique classique offerte une fois par semaine par Anne-Marie. Elle alterne les disques des différents compositeurs, symphonies, opéras, concertos… et on discute un peu et, en plus, nous avons le goûter à domicile.
Telles sont les joies que tu goûteras, mon cher Nicolas, dans 80 ans.

Charles, 83 ans, Attichy (60)



Au personnel et aux familles
Il ne nous était jamais venu à l’idée, lorsqu’on était plus jeune, qu’un jour nous atterririons dans une maison de retraite pour les vieux. Nous pensions finir nos jours comme nos parents, en famille, bien entourés, avec notre chien, notre chat. Nous n’imaginions pas davantage que notre compagnon de vie partirait, si longtemps avant nous. La mort se sert, elle emmène qui bon lui semble, sans autorisation. C’est une voleuse de vie quand on n’est pas encore vieux, et elle se fait attendre quand on n’en peut plus. (…) Quand on arrive en maison de retraite, on se sent seul, perdu, abandonné, livré tel un paquet à des gens, trop de gens. On ne les connaît, ni reconnaît. Ils savent tout et, en même temps, ils ne savent rien de nous. On se sent comme un vieux fauteuil que l’on déplace quand on fait le ménage. Et puis, il y a les visites, un peu plus rares avec le temps. Les gens disent : "Vous êtes bien dans cette maison, vous avez tout ce qu’il faut, vous voilà tranquille maintenant…" Mais on ne veut pas être tranquille. On veut vivre, rire, chanter la vie, on a le coeur qui bat, comme vous tous.
Le personnel est nombreux, il nous semble, mais souvent n’a pas le temps – "Il n’y a pas que vous à s’occuper". (…)
Dans un coin de notre coeur, de notre mémoire, on entasse tout ce qui a fait notre vie. On s’étonne après que l’on n’ait plus de mémoire : il n’y a plus de place, c’est tout !
Vous qui vous occupez de nous, qui nous soignez, nous prenez en charge 24h/24, quand vous rentrez chez vous après votre journée, vous retrouvez la vie, la vraie, avec ses joies et ses peines. Nous les vieux, on attend toujours, on rêve à tout ce que l’on a perdu. Regardez-nous ! Comme vous, on a été jeune, on a travaillé, élevé les enfants (…) ; comme nous un jour, c’est vous qui serez là à notre place, à attendre un sourire, un mot gentil qui réchauffe le coeur et embellit notre journée. N’oubliez jamais que nous sommes toujours vivants. Même si vous n’avez pas le temps, regardez-nous !

Nous sommes votre miroir à vous tous. (…) Une résidente de la maison de retraite Bon-Séjour, Miribel (Ain)
 
 

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