|
|

TEMOIGNAGE
Fernand Hardy
Ou
l'art de vivre en résidence
FERNAND HARDY, 88 ans, est un homme ouvert, affable
et discret. Un homme plein de vie. Sa chambre des Villandières
de Maisons Laffitte n'a pas la froideur d'une chambre d'hôtel.
Tout au contraire. C'est son chez lui, et on le sent tout
de suite. Dans un renfoncement, il s'est aménagé un
atelier : chevalet, tubes de peinture, cartons. «Je peins depuis
que je suis enfant et cette passion ne m'a jamais quitté.»
Sur les murs, des petits formats, en majorité des gouaches
: ports de pêche et marines - «Ma femme est bretonne,
alors je connais bien» - mais aussi chevaux, scènes de
bal et paysages bucoliques. «Mon peintre préféré,
c'est Monet».
Au-dessus de son lit, la photo noir et blanc d'une ravissante petite
fille blonde tenant sa poupée. «C'est ma fille unique,
Annie. Sa poupée s'appelait Catherine. Elle est morte de la
poliomyélite, à l'âge de 7 ans, le jour de la
Ste Catherine.» A cette évocation, les yeux de M. Hardy
s'embuent légèrement puis il se ressaisit avant d'ajouter,
comme pour s'excuser : «Cela va faire 56 ans, vous savez...»
Des épreuves, Fernand Hardy en a traversé. Mobilisé
au début de la guerre, il est rapatrié sanitaire à
cause d'une affection aux bronches. Pour raisons de santé,
il doit renoncer à son métier de tapissier et entre
à IBM France où il travaille 17 ans dans un laboratoire
photo. A la retraite, il s'installe à Maisons Laffitte avec
son épouse. Quelques années plus tard, sa femme est
atteinte de la maladie d'Alzheimer et il emménage avec elle
dans un foyer-logement. Au bout de quelque temps, il se résout
à installer sa femme dans une institution spécialisée.
«C'était terrible. Chaque soir, dès que je la
quittais, elle se mettait à pleurer». Cela ne pouvait
plus durer. Des amis l'accompagnent pour visiter des maisons de retraite
susceptibles de les accueillir tous les deux. «Les Villandières
m'ont tout de suite plu. A cause de la clarté et de la grandeur
des chambres. Il y avait de la place pour du mobilier personnel».
Trois semaines après l'arrivée aux Villandières,
au printemps 1997, Mme Hardy décède. «Une infirmière
m'a tout de suite proposé de changer de bâtiment. C'était
une très bonne idée» commente M. Hardy avant d'ajouter
: «Et puis surtout, le directeur de l'époque m'a offert
un chevalet». A l'instant même, le ton de cet homme change,
son visage s'illumine. Pas besoin de commentaires. On sent que cette
initiative a été un moment charnière et lui a
permis de rebondir, une nouvelle fois.
Le moment est venu de la visite guidée dans la résidence
pour admirer les oeuvres réalisées par M. Hardy pour
l'établissement. Au sous-sol, des fresques sur Maisons-Laffitte
peintes de mémoire : le château, l'île de la Commune,
la carrière d'équitation. Dans la galerie du rez-de-chaussée,
des paysages d'hiver peints à même les vitres. «Je
vais bientôt les effacer pour illustrer l'été
dans différentes régions de France. On m'a commandé
aussi d'autres fresques pour égayer une pièce. Je représenterai
la maison de Jean Cocteau que j'aperçois de la fenêtre
de ma chambre.» Un programme chargé si on ajoute l'illustration
des menus de fête et des programmes d'animations ainsi qu'une
nouvelle exposition dans le hall d'entrée, en tandem avec une
kinésithérapeute photographe. Chapeau, M. Hardy ! |
|