Illustrations : F. Hardy

L’accueil en résidence,
un état d’esprit
  Placement temporaire : bonne ou mauvaise solution
  De la parole vraie à l’écoute juste : la relation d’accueil
  L’entretien de pré-admission : pour une prise en compte et une prise en charge ajustées
  Thierry DARNAUD L’accueil relationnel, une alternative systémique à l’accueil bienveillant
  Bernadette VEYSSET-PUIJALON L’entrée en institution : l’ultime renoncement à la maison rêvée
  Témoignage : Fernand Hardy ou l'art de vivre en résidence
  Témoignage : Marc-André Valantin, la maison de retraite, un lieu à investir pour les familles
  Les soins à domicile : oui, mais dans quelles limites ?
  Le CPRLV de la Drôme : Du bilan à la consultation individuelle, une interface de conseil, d’orientation et de soutien spécialisé en gériatrie
  Monastère Notre Dame de Ganagobie
  L’accueil à Charnay-les-Mâcon

TEMOIGNAGE
Fernand Hardy
Ou l'art de vivre en résidence…


FERNAND HARDY, 88 ans, est un homme ouvert, affable et discret. Un homme plein de vie. Sa chambre des Villandières de Maisons Laffitte n'a pas la froideur d'une chambre d'hôtel. Tout au contraire. C'est son “chez lui”, et on le sent tout de suite. Dans un renfoncement, il s'est aménagé un atelier : chevalet, tubes de peinture, cartons. «Je peins depuis que je suis enfant et cette passion ne m'a jamais quitté.» Sur les murs, des petits formats, en majorité des gouaches : ports de pêche et marines - «Ma femme est bretonne, alors je connais bien» - mais aussi chevaux, scènes de bal et paysages bucoliques. «Mon peintre préféré, c'est Monet».
Au-dessus de son lit, la photo noir et blanc d'une ravissante petite fille blonde tenant sa poupée. «C'est ma fille unique, Annie. Sa poupée s'appelait Catherine. Elle est morte de la poliomyélite, à l'âge de 7 ans, le jour de la Ste Catherine.» A cette évocation, les yeux de M. Hardy s'embuent légèrement puis il se ressaisit avant d'ajouter, comme pour s'excuser : «Cela va faire 56 ans, vous savez...»
Des épreuves, Fernand Hardy en a traversé. Mobilisé au début de la guerre, il est rapatrié sanitaire à cause d'une affection aux bronches. Pour raisons de santé, il doit renoncer à son métier de tapissier et entre à IBM France où il travaille 17 ans dans un laboratoire photo. A la retraite, il s'installe à Maisons Laffitte avec son épouse. Quelques années plus tard, sa femme est atteinte de la maladie d'Alzheimer et il emménage avec elle dans un foyer-logement. Au bout de quelque temps, il se résout à installer sa femme dans une institution spécialisée. «C'était terrible. Chaque soir, dès que je la quittais, elle se mettait à pleurer». Cela ne pouvait plus durer. Des amis l'accompagnent pour visiter des maisons de retraite susceptibles de les accueillir tous les deux. «Les Villandières m'ont tout de suite plu. A cause de la clarté et de la grandeur des chambres. Il y avait de la place pour du mobilier personnel». Trois semaines après l'arrivée aux Villandières, au printemps 1997, Mme Hardy décède. «Une infirmière m'a tout de suite proposé de changer de bâtiment. C'était une très bonne idée» commente M. Hardy avant d'ajouter : «Et puis surtout, le directeur de l'époque m'a offert un chevalet». A l'instant même, le ton de cet homme change, son visage s'illumine. Pas besoin de commentaires. On sent que cette initiative a été un moment charnière et lui a permis de rebondir, une nouvelle fois.
Le moment est venu de la visite guidée dans la résidence pour admirer les oeuvres réalisées par M. Hardy pour l'établissement. Au sous-sol, des fresques sur Maisons-Laffitte peintes de mémoire : le château, l'île de la Commune, la carrière d'équitation. Dans la galerie du rez-de-chaussée, des paysages d'hiver peints à même les vitres. «Je vais bientôt les effacer pour illustrer l'été dans différentes régions de France. On m'a commandé aussi d'autres fresques pour égayer une pièce. Je représenterai la maison de Jean Cocteau que j'aperçois de la fenêtre de ma chambre.» Un programme chargé si on ajoute l'illustration des menus de fête et des programmes d'animations ainsi qu'une nouvelle exposition dans le hall d'entrée, en tandem avec une kinésithérapeute photographe. Chapeau, M. Hardy !
 
 

annuaire maison retraite