AUTRE
REGARD
Laccueil à Charnay-les-Mâcon
Dédramatiser
sans banaliser.
«Laccueil, cest à la fois
louverture qui va permettre léchange, le plaisir
communicatif entre laccueillant et laccueilli, lengagement
dans un projet commun, pour que la vie soit la vie, tout simplement.»
Présenté comme ça, tout paraît si simple.
Pourtant, au foyer Les Villandières de Charnay-les-Mâcon,
chaque jour est un nouveau défi. Parce que, justement, la vie
des résidents na pas toujours été simple.
Ils sont une soixantaine, hommes et femmes âgés de 20
à 60 ans, tous handicapés moteurs. Certains sont nés
avec leur handicap, dautres sont des accidentés de la
vie. «Nous accueillons volontairement des gens très différents,
explique Patrice Lebobe, le directeur du foyer. Notre maison se veut
un lieu dintégration, un lieu de vie pluriel.»
Comment accueillir justement des personnes lourdement handicapées,
certaines traumatisées ou révoltées, dautres
complètement «formatées» par des années
de vie en collectivité dans des établissements spécialisés,
certaines en proie à des difficultés de communication
? «Si on est très attentif à lautre, si
on fait preuve dempathie, on arrive à communiquer, déclare
Patrice Lebobe. Tout se travaille, par de la rigueur et du professionnalisme
mais aussi de lintuition et du ressenti. J'essaie de comprendre
quelle est la vie de la personne handicapée, je m'efforce de
me mettre à la place de son père, de son frère.
Et je me demande : Est-ce que jaurais envie de conduire celui
que jaime ici ? Et de ly laisser ?»
«Laccueil ne se limite pas au premier jour ni au résident
seulement, poursuit Patrice Lebobe. Nous devons y réfléchir
collectivement. En effet, si vous vous rendez à contre coeur
chez des amis, il y a de fortes probabilités queux-mêmes
ne vous réservent pas le meilleur accueil. Il doit exister
une notion de plaisir réciproque, une capacité à
s'enrichir dans léchange.» Ainsi ladmission
dun nouveau résident se prépare. «Il y a
bien sûr tout un préalable administratif, une étude
du dossier médical, social, etc., jusquau moment où
lon est prêt à rencontrer la personne. On se voit
en équipe. Si ladmission dun nouveau résident
relève de lentière responsabilité du Directeur
de létablissement, en réalité elle ne peut
quêtre assumée de façon collégiale.
Rien nest possible sans ladhésion de l'équipe.
Ensemble, nous faisons connaissance avec le futur résident,
on refait un bout de son chemin ensemble, au rythme de l'intéressé.
Un individu est le fruit d'une histoire qui, peut-être, va se
reconstruire pour se poursuivre autrement. On sinterroge alors,
ensemble, sur un projet individualisé compatible avec la dynamique
du groupe. Tous ne sont pas encore prêts pour ce nouveau départ,
c'est au travers d'un travail d'accompagnement quotidien que le projet
peut prendre forme afin, par exemple, de réapprendre à
taper sur un clavier dordinateur, de sortir en ville, dassumer
le regard des autres
Peu importe quon y parvienne totalement,
limportant est de rester acteur de sa propre vie. Lorsque nous
disons oui à quelquun, qui nous confirme
sa demande pour sinstaller au foyer, nous nous engageons mutuellement
dans ce sens.»
«Dans une société qui gomme toutes les aspérités,
la maladie, la vieillesse, nous souhaitons aller un peu plus loin
dans notre démarche dintégration, faire en sorte
que les résidents présents se mettent eux-mêmes
en position daccueillants, ce qui signifie quils se sont
approprié le lieu», conclut Patrice Lebobe. Au-delà
du projet individuel de chaque résident, une ambitieuse démarche
collective où chacun peut, s'il en a la volonté, agir
tant avec sa tête qu'avec son coeur. |